D’anciens élus bénévoles de Mons-en-Baroeul offrent un million d’euros à la collectivité
Ils étaient considérés comme des extra-terrestres. Marc Wolf, maire de Mons-en-Baroeul jusqu’en 2001, et son équipe ne touchaient pas à leurs indemnités d’élu. Dès 1977, les émoluments alimentaient une cagnotte. Aujourd’hui, ce pot commun s’élève à un million d’euros. Ces élus bénévoles veulent investir cette manne dans l’achat d’un château qu’ils comptent offrir aux Monsois.
Tout le monde à Mons-en-Baroeul, près de Lille, se souvient de Marc Wolf. Élu pour la première fois en 1977, cet homme de gauche, grand théoricien des finances publiques, haut fonctionnaire à Bercy, instaurait bien avant que la loi ne l’impose la parité au sein de sa liste, lançait des référendums, appliquait à Mons-en-Baroeul un concept dont il est l’un des grands partisans : l’autogestion. Un mode de « gouvernance » loin de la politique politicienne, qui voulait responsabiliser chacun, citoyen compris. C’étaient les années 70 et l’utopie était du domaine du possible. Plus tard, avant les années 2000, l’autogestion à la monsoise sera jugée trop rigide dans sa mise en place et dans son caractère « jusqu’au-boutiste ». Et la « cagnotte » dans tout cela ? La caisse commune était l’un des symboles de cette nouvelle façon d’appréhender la vie politique locale.
Pendant vingt-quatre ans, ces élus reverseront chacune de leurs indemnités dans un pot commun, seules les charges effectives étaient indemnisées. Maire, adjoints puis député, tous alimenteront la « caisse rose » disait-on à l’époque. Ce pot commun servait avant tout à financer les campagnes, à supporter les dépenses de communication municipale et à payer des investissements suceptibles de susciter une polémique (comme l’achat de voitures électriques). Le « reliquat » de cette caisse s’élève aujourd’hui à un million d’euros.
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Un château
Six ans après la défaite de Marc Wolf face à Rudy Elegeest, maire actuel, qu’est devenue cette fameuse caisse ? Marc Wolf, qui n’a pas l’intention de briguer un mandat de maire, vit aujour-d’hui à Paris. L’ancien premier magistrat et ses amis se disent prêts à acquérir le château De Coster et son parc, un domaine emblématique à Mons-en-Baroeul. La demeure et ses jardins seraient ensuite cédés à la municipalité, quelle que soit sa couleur politique, à la seule condition qu’un centre aéré et un parc public y soient aménagés. Contretemps : la châtelaine assure n’avoir « aucune intention de vendre » son bien. En attendant que la propriétaire change d’avis, le produit financier de ce million d’euros est reversé à une ONG qui lutte contre la corruption dans le monde.
Enfin, à ceux qui doutent encore du caractère désintéressé de la démarche, rappelons que Marc Wolf et ses amis auraient très bien pu, en catimini, se partager cette caisse dont plus personne ne se souciait. Les élus ne demandent rien en échange, si ce n’est peut-être qu’on se souvienne que la politique n’est pas toujours une question d’argent. Que l’utopie est encore du domaine du possible. •
Voix du Nord 23 décembre
SAMI CHEBAH